mardi 18 novembre 2014

Des influences: culture de displine et expériences passées




Dans le cadre du cours EPU973 du MPES, nous avons été invités à produire un cours en ligne de notre choix dans notre domaine. Le mien porte sur « L’Administration publique comparée ». Vous trouverez dans ce premier billet les éléments qui ont influencé mon approche. 

1.      Petit historique personnel : la culture de ma discipline, l’utilisation que j’ai connu des TIC, et leur influence sur les apprenants

Les cours d’introduction et de niveau intermédiaire en science politique offerts en présentiels que j’ai connus étaient donnés de façon magistrale. La culture de la discipline mise sur l’obtention de connaissances et elles sont testées avec des examens composés de questions à réponses courtes et longues, et une mise en application par la production d’un travail de recherche. Il peut y avoir des discussions sur les lectures et le sujet du cours en classe, mais celles-ci sont souvent limitées à ces niveaux; elles ont davantage lieu lors de cours avancés en petit groupe. Lorsqu’un professeur utilise une TIC, elle se limite souvent à l’utilisation de PowerPoint.

Avant de suivre le cours EPU973 (et autres cours du MPES), j’avais eu deux types d’expérience avec des plateformes d’enseignement à distance en science politique. J’ai eu la chance d’avoir des expériences des deux côtés de la médaille : la première comme assistante au professeur, et la deuxième comme étudiante. Dans le premier cas, le professeur avait enregistré en vidéo les cours qu’il donnait en présentiel sur le même sujet. Les étudiants étaient ensuite invités à participer à des discussions asynchrones dans un forum sur leurs lectures en répondant à des questions spécifiques qui les amenaient à résumer ce qu’ils avaient appris, sans toutefois favoriser les échanges entre eux. Les évaluations étaient constituées d’examens en ligne composés de questions à réponses courtes, et d’un papier. Les assistants avaient pour rôle de faire la modération des discussions et les corrections des travaux. Les interactions entre les enseignants et les étudiants étaient donc limités. Bref, le cours en ligne reprenait presque complètement les pratiques habituelles des cours magistraux en présentiels d’introduction en science politique du département en les transférant en un format en ligne. Je dis presque, car les étudiants devaient être plus impliqués dans les discussions qu’ils ne le seraient été en classe à l’université. Par contre, je me souviens que plusieurs étudiants avaient laissé tomber ce cours, bien qu’il restait environ une centaine d’étudiants d’inscrits à la fin de celui-ci.

Ma deuxième expérience avec les TIC a été lors de mon doctorat. Les TIC étaient utilisées davantage comme un outil supplémentaire pour enrichir les cours. La plateforme utilisée était  Blackboard. Les professeurs les utilisaient pour s’assurer que les étudiants avaient fait leurs lectures avant d’arriver dans le séminaire, en demandant, soit des résumés de lectures, soit des questions sur les lectures, ou les deux, dans un forum de discussion. Aucune interaction entres les participants n’était requise : elle aurait lieu pendant le séminaire en présentiel. 

Ces expériences reflètent bien ce que Murphy et Reidy (2006) avancent en argumentant que la science politique, comme discipline académique ne résultant pas à une vocation spécifique sur le marché du travail pour les diplômés, vise à encourager davantage l’apprentissage de connaissances, que le développement de compétences spécifiques à un emploi. Selon eux, c’est cela qui expliquerait en partie la raison pour laquelle la discipline est restée axée sur un style d’enseignement traditionnel, l’objectif étant que les étudiants développent une méthode de compréhension et d’analyse sur le matériel de la discipline. Notez aussi que dans cette méthode, l’enseignant reste le moyen au centre de  la transmission des connaissances et que les étudiants sont passifs.

Un des désavantages de la méthode traditionnelle utilisée est que ce style d’enseignement favorise l’individu plutôt que d’encourager les apprentissages communs ou le travail en équipe. Plusieurs auteurs ont déjà démontré que les pairs et les échanges entre les apprenants offrent une valeur ajoutée et influence indubitablement la profondeur de l’apprentissage acquis dans un cours (Prégent & al. 2009; Svinicki et McKeachie 2011). Comme la méthode traditionnelle n’est pas non plus adaptée à tous les profils d’apprenants, il est d’autant plus important de diversifier les méthodes utilisées afin de s’assurer de la qualité des apprentissages que nous voulons que les étudiants fassent dans le cadre d’un cours.

L’utilisation des TIC que j’ai connue a été assez limitée et surtout, n’offrait pas les avantages attendus dans des cours complètement à distance, sauf pour ce qui est de la flexibilité de l’horaire et de la géolocalisation des étudiants. Les relations entre les enseignants et les étudiants étaient presque inexistantes et les échanges entre étudiants minimaux. Ces facteurs ont sans doute influencé la motivation des étudiants, comme le suggère Dumont (2007), ce qui pourrait expliquer pourquoi nous avons eu beaucoup d’étudiants qui avaient décroché ou ne participaient pas activement. Qui plus est, l’enseignement à distance en ligne doit aller au-delà de la simple utilisation d’outils, pour vraiment les intégrer dans un contexte pédagogique (Dumont 2007 :73-74). 

L’utilisation des TIC en enseignement peut offrir plusieurs avantages. Comme le démontrent Dell & al. (2010) dans leur étude, les cours où les TIC étaient utilisées, soit dans des cours entièrement en ligne ou soit en format hybride, affectaient davantage les apprentissages des étudiants en les rendant plus ‘profonds’ qu’en cours présentiels. Mais tout n’est pas que question de TIC, mais surtout de la façon dont les technologies sont utilisées en cohérence avec la pédagogie du cours, quitte à devoir reconceptualiser ses pratiques (Henri 2001). 


2.      Enseignement dans le cours « L’Administration publique comparée » : l’étudiant davantage au centre, l’enseignant comme soutien à l’apprentissage

Dévier de l’accent mis sur l’acquisition de connaissances dans les programmes de science politique semble utopique, mais l’intégration de méthodes actives pour faciliter l’acquisition de ces connaissances extrêmement encourageante! Il aurait été difficile d’évaluer les changements amenés dans le cadre de mon cours sans la mise en contexte dans la première partie des expériences personnelles que j’ai vécues. Dans le cadre du cours Administration publique comparée, j’ai misé sur plusieurs changements en intégrant des pédagogies actives. La  théorie et la lecture de documents jouent encore un rôle central dans le développement des connaissances, mais j’ai voulu mettre l’étudiant davantage au centre en concevant des activités qui favoriseraient l’apprentissage des étudiants, et je l’espère, maintiendra leur motivation tout au long du cours. (L’ensemble des activités et technologies utilisées pour le cours seront disponibles dans mon prochain billet.)

Maintenir la motivation des étudiants est un enjeu central pour les cours qui sont donnés complètement en ligne comme le mien. Comme j’ai déjà vécu une expérience de décrochage d’étudiants, il me tient à cœur de créer les meilleures conditions possibles pour les étudiants afin d’éviter cela. On pourrait croire que la motivation des étudiants leurs appartient et que nous n’avons pas d’influence sur celle-ci. Or, il en est tout autrement, surtout dans un contexte d’éducation à distance (Dumont 2007). Les besoins psychoaffectifs des étudiants sont souvent laissés pour compte dans les cours à distance, alors que l’ « humanisation » des interactions pairs/pairs et enseignant/pairs semblent jouer un rôle essentiel pour diminuer le décrochage et maintenir la motivation des étudiants dans le cours (Dumont 2007 :62). 

Ainsi, même si les activités pédagogiques placent l’étudiant au centre de son apprentissage, dans un contexte de cours à distance, le professeur tien un rôle primordial. « C’est (…) le comportement de l’enseignant-formateur FOAD qui favorise ou non le sentiment d’appartenance à un groupe, encourage la persévérance et apporte un soutien motivationnel. » (Dumont 2007 :68) Afin de bien jouer mon rôle, il sera essentiel d’être attentive aux besoins des étudiants, être disponible, impliquée dans le cours, et intervenir aux bons moments. Ainsi, je conçois mon rôle comme un soutien dans l'apprentissage des étudiants en encourageant leur participation dans les différentes activités, en favorisant les échanges entres eux, en animant les rencontres virtuelles, et minimalement les discussions, tout en m'assurant que les informations et directives soient claires.



 Bibliographie


Dell, Cindy Ann, Christy Low et Jeanine F. Wilker (2010). “Comparing Student Achievmeent in Online and Face-to-Face Class Formats”, MERLOT Journal of Online Learning and Teaching, 6 (1).

Dumont, Chantal (2007). Les relations enseignant-enseignés : les aspects psychoaffectifs. Dans Manderscheid J.-C. et Jeunesse C. (dir.) L’enseignement en ligne : À l’université et dans les formations professionnelles. Pourquoi ? Comment ? Bruxelles : De Boeck, p. 58-90.

Henri, France (2001). Des cours sur le web à l’université. In T. Karsenti (Ed.), Les TIC… au cœur des pédagogies universitaires, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, p. 117-143.

Murphy, Mary C. et Theresa Reidy (2006). “Exploring Political Science’s Signature Pedagogy”, Academic Exchange Quarterly, 10 (4). Adresse URL: http://rapidintellect.com/AEQweb/7mar3562z6.htm

Prégent, R., Bernard, H. et Kozanitis, A. (2009). Enseigner à l'université dans une approche-programme. Montréal: Presses internationales Polytechnique.


Svinicki, M. et McKeachie, W. J. (2011). McKeachie’s Teaching Tips: Strategies, Research, and Theory for College and University Teachers (13th Edition). Boston: Houghton Mifflin.

1 commentaire:

  1. Bonjour Émilie,

    Ta réflexion est très intéressante! J’ai particulièrement aimé le passage où tu décris tes expériences par rapport à la formation à distance en sciences politiques. J’ai noté plusieurs ressemblances avec ce qui se fait en histoire. Les rares cours offerts à distance sont souvent conçus avec une approche plus traditionnelle : soit des enregistrements de cours magistraux ou seulement des listes de lectures avec peu, voir pas du tout, d’échanges dans les forums. J’ai l’impression que cette façon de faire est assez répandue dans les sciences humaines. D’ailleurs, il y a très peu de cours en sciences humaines offerts à la formation à distance au Québec. Toi qui as aussi connu les systèmes d’éducation américain et français, as-tu remarqué s’il y avait une plus grande offre de cours à distance en sciences humaines dans ces systèmes d’éducation? D’autre part, sais-tu si les enseignants en sciences humaines dans ces systèmes ont eux aussi tendance à chercher à reproduire des méthodes d’enseignement traditionnelles dans leurs cours en ligne?

    Cordialement,

    Mathieu

    RépondreSupprimer