mercredi 19 novembre 2014

Enseigner un cours d'administration publique comparée à distance


Ce deuxième billet adressera l’utilisation que je ferai de la plateforme Moodle dans le cadre de mon cours. Je survolerai mon design pédagogique en portant une attention particulière aux activités envisagées et aux technologies qui seront utilisées, tout en les évaluant de manière critique.

Le cours à distance proposé porte sur l’Administration publique comparée. Il est destiné à des étudiants au niveau du baccalauréat. Il est typiquement considéré comme un cours de niveau intermédiaire dans un programme de science politique, car il aborde un sujet précis. Ce cours est normalement offert à des étudiants qui sont en deuxième année d’un baccalauréat en science politique, et il est ouvert aux étudiants provenant d’autres départements qui désireraient suivre ce cours. Ainsi, il peut exister plusieurs disparités entres les étudiants en terme de connaissances préalables. Un groupe pour un cours de niveau intermédiaire est habituellement composé de 25 à 45 étudiants. 

En premier lieu, les objectifs du cours ont été élaborés en fonction des compétences générales à développer qui sont ciblées par les programmes de science politique, telles que la capacité d’analyse, le développement du sens critique, l’habileté d’argumenter, la capacité à effectuer de la recherche de façon autonome, les capacités rédactionnelles, etc. Puis, ces objectifs ont été précisés en fonction de la thématique du cours : l’administration publique comparée.  Deuxièmement, j’ai fait un tableau plus détaillé des activités d’apprentissage qui composeront mon cours dans un réseau des événements d’apprentissage (RÉA). Ce tableau est basé en partie sur le plan de cours que j’avais fait pour le cours en présentiel dans EPU950, tout en adaptant les activités dans un cadre d’enseignement en ligne. La RÉA m’a aidé à mettre en évidence mon alignement pédagogique pour le cours que je propose.

Utilisation de la plateforme Moodle
L’environnement Moodle sera central à mon cours. D’un point de vue technique, cet environnement me permet d’intégrer plusieurs outils que les étudiants auront besoin d’utiliser pour suivre le cours et faire les activités. Qui plus est, il sera un endroit de prédilection pour recevoir toutes les informations associées au cours et surtout, pour pouvoir échanger. Moodle est facile d’utilisation pour les étudiants et le cours mis en ligne dessus sera, je l’espère, intuitif dans son utilisation. Je vais ainsi dans le même sens que Lebrun (2007) en me donnant comme objectifs que : (1) le site dédié au cours doit être facile d’utilisation, presque intuitif, autant pour l’enseignant que les étudiants, que nous ne devons pas passer trop de temps à essayer de se familiariser avec, et surtout, chercher les informations; (2) que l’utilisation de ma plateforme en ligne favorisera l’apprentissage de chacun des étudiants, et surtout, encouragera la participation de tous – dans plusieurs types d’activités; (3) que la communication entres les étudiants et avec le professeur soit encouragée et significative pour l’apprentissage. 

Ainsi, mon cours est structuré en volets, qui sont au nombre de quatre. Les volets reflètent les sujets des différentes sections du cours. Sauf pour le premier volet qui est une introduction au cours, il y aura pour tous les autres volets un screencast de moi expliquant les objectifs de celui-ci, au début, et durant de 5 à 10 minutes. À la fin de chaque volet, il y aura aussi une séance synchrone avec VIA, accompagnée d’un PowerPoint, afin de faire une synthèse des apprentissages réalisés pendant le volet avec les étudiants. Le PowerPoint sera utilisé comme soutien visuel  pour la discussion selon les recommandations de Kaminski (2003) pour ne pas tomber dans les problèmes identifiés par lui et Schuman (2014). Cette session servira aussi à répondre aux questions et aux  incompréhensions potentielles des étudiants sur le matériel. 

Le premier volet sera très important pour les étudiants : La première rencontre sera faite en session synchrone avec VIA. La première partie de cette session portera sur le plan de cours, les attentes, et les activités d’évaluation. La deuxième partie de cette session amènera les étudiants à se familiariser avec les technologies qu’ils seront sujet à utiliser pour effectuer leur travail et présentation orale en équipe. Le but de cette deuxième partie est de réduire le stress potentiel que pourrait ressentir les étudiants quant à l’utilisation de technologies qu’ils ne maîtrisent peut-être pas. Qui plus est, comme le suggère Ko et Rossen (2010), je formerai les groupes, alors ils pourront ainsi déjà connaître leur coéquipier avec qui ils auront à faire le travail. J’espère que de procéder de cette façon dès le départ favorisera aussi les échanges entre les étudiants à long-terme et viendra renforcer leur motivation pour le cours. 

Puis, chacun des volets comporte un nombre d’étapes, de deux à quatre étapes par volet. Ces étapes durent en moyenne une semaine, et ne seront dévoilées qu’au fur et à mesure de l’avancement du cours, bien que celles-ci se retrouvent au complet dans le plan de cours qui sera disponible en ligne. Des annonces seront faites à l’ouverture de chaque étape.

 Activités dans les différentes étapes
La plupart des étapes se ressemblent et reflètent probablement l’approche pédagogique traditionnelle en science politique, bien qu’elles combinent quelques méthodes de pédagogie active. Le focus est en effet sur le contenu : pour chaque étape (hormis les deux premières dans le volet d’introduction et les deux dernières étapes du volet 4), les étudiants ont à lire soit des chapitres ou articles portant sur le sujet de l’étape. Les lectures demandées sont en nombre de trois et équivaut en moyenne à une lecture de 30 à 50 pages par semaine. Le but étant de développer les connaissances des étudiants dans le domaine sur ces sujets. Puis, chaque étape inclus une discussion dans Moodle: les étudiants auront à répondre à des questions en lien avec leurs lectures, à échanger entre eux sur leur compréhension et interprétation, et à faire des liens avec des événements de l’actualité. Mon rôle sera de soutenir et favoriser ces échanges. Plusieurs auteurs ont démontré que l’échange sur les lectures dans le cadre de discussions, particulièrement lorsque cet échange a lieu entre pairs, avait un effet positif non seulement sur la qualité des apprentissages, mais aussi sur la performance des étudiants dans le cours (Hamann & al. 2009; Williams et Lahman 2011).
 
Dans le volet 3, qui comporte 5 étapes, une activité supplémentaire s’ajoute : les étudiants auront à visionner une présentation d’équipe à chaque étape, qui devra durer de 10 à 15 minutes. Cette présentation sera donc aussi à être incluse dans les discussions. Le volet 4 est uniquement composé de deux étapes, qui sont toutes deux des études de cas/simulation. Ces étapes auront lieu les deux dernières semaines du cours et seront faites à travers une session VIA synchrone.

Activités d’évaluation
1)      L’activité de travail et présentation en groupe
Sans doute une des activités collaboratives par excellence dans le cadre de mon cours, et celle qui demandera aussi l’utilisation de plusieurs technologies de la part des étudiants. Les étudiants seront invités à utiliser un mélange de Titanpad, PowerPoint,VIA, screencast, Prezi, etc.

2)      Travail écrit et rétroaction du travail d’un pair
Le travail écrit de session est un élément classique d’évaluation en sciences sociales. La nouveauté ici consiste à demander à un pair de faire une rétroaction sur le travail d’un collègue avant que celui-ci le remettre en version finale. Du point de vue technologique, il n’y a rien d’innovateur dans cette démarche, car dans toutes ses étapes, seulement l’utilisation de Word et d’un courriel est requise.

3)      Participation à l’établissement des signets communs et dans les discussions          
Afin d’encourager la participation, des points seront attribués pour une participation soutenue dans le cours. Afin d’aider les étudiants dans leurs discussions sur Moodle, je créerai un groupe dans Diigo pour établir des signets portant sur l’actualité en administration publique. Chaque étudiant devra contribuer au groupe en ajoutant un signet par semaine et en le commentant rapidement. Un lien pour accéder à ce groupe sera disponible dans Moodle.

Forces et faiblesses de mon utilisation des TIC dans le cadre de mon cours
Comme le cours reste encore axé sur le contenu, le format reste assez traditionnel en termes de technologies. Par contre, chacune des technologies est utilisée à son plein potentiel. Je considère que mon approche reste quand même assez innovante, surtout comparée à mes expériences passées de cours en ligne. D’ailleurs, si mes expériences sont encore la règle dans les départements de science politique pour ce qui est des cours à distance, plusieurs de mes étudiants n’auront pas utilisé plusieurs des technologies proposées. 

Qui plus est, j’essaie vraiment d’aller au-delà du format du cours magistral. En effet, les vidéos ne sont pas pour donner des cours, mais plutôt pour communiquer sur les objectifs, les questionnements théoriques de la section, etc. afin d’encourager les discussions dans Moodle par la suite. Qui plus est, les séances VIA ne sont pas pour donner un cours proprement dit, mais plutôt pour faire une synthèse et discuter de vive voix sur les lectures avec les étudiants afin de peut-être les amener dans leurs réflexions au-delà  de celles qu’ils ont déjà eu en ligne avec leurs pairs. 

Je crois qu’une de mes forces est que je combine des activités synchrones et asynchrones et individuelles et de groupe. Qui plus est, j’amène les étudiants non seulement à utiliser une variété de technologies, mais surtout de favoriser leur collaboration. Mon approche semble amener quelques avantages identifiés par Jézégou (2010) pour créer de la présence en e-learning et diminuer le nombre d’abandons : je favorise une collaboration contradictoire entre les étudiants, ce qui favorise l’apprentissage individuel et de groupe, et en utilisant des activités asynchrones je « crée des conditions temporelles favorable à la réflexivité » (ibid. :266).


Bibliographie :
Hamann, Kerstin, Philip H. Pollock et Bruce M. Wilson (2009). “Learning from “Listening” to Peers in Online Political Science Classes”, Journal of Political Science Education, 5 (1). 

Jézégou, Annie (2010). « Créer de la présence à distance en e-learning. Cadre théorique, définition, et dimensions clés ». Distances et savoirs, 2(8), 257-274. Adresse URL : http://www.cairn.info/revue-distances-et-savoirs-2010-2-page-257.htm

Kaminski, S. H. (2003). PowerPoint Presentations: The Good, the Bad and the Ugly. Adresse URL: http://www.shkaminski.com/Classes/Handouts/powerpoint.htm

Ko, S. S., & Rossen, S. (2010). “Student Activities in the Online Environment”. In Ko, S. S., & Rossen, S. Teaching online: A practical guide, New York: Routledge.

Lebrun, M. (2007). « Mise en perspective, outils et synthèse » dans M. Lebrun (Ed.), Théories et méthodes pédagogiques pour enseigner et apprendre: Quelle place pour les TIC dans l’éducation ?, Bruxelles, De Boeck p. 169-187.

Schuman, R. (2014) PowerPointless. Digital slideshows are the scourge of higher education. Adresse URL: http://www.slate.com/articles/life/education/2014/03/powerpoint_in_higher_education_is_ruining_teaching.html .

Williams, Leonard et Mary Lahman (2011). “Online Discussion, Student Engagement, and Critical Thinking”, Journal of Political Science Education, 7(2).

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