Dans le cadre du cours EPU973 du MPES, nous avons été
invités à produire un cours en ligne de notre choix dans notre domaine. Le mien
porte sur « L’Administration publique comparée ». Vous trouverez dans
ce premier billet les éléments qui ont influencé mon approche.
1.
Petit
historique personnel : la culture de ma discipline, l’utilisation que j’ai
connu des TIC, et leur influence sur les apprenants
Les cours d’introduction et de niveau intermédiaire en
science politique offerts en présentiels que j’ai connus étaient donnés de
façon magistrale. La culture de la discipline mise sur l’obtention de
connaissances et elles sont testées avec des examens composés de questions à
réponses courtes et longues, et une mise en application par la production d’un
travail de recherche. Il peut y avoir des discussions sur les lectures et le
sujet du cours en classe, mais celles-ci sont souvent limitées à ces niveaux;
elles ont davantage lieu lors de cours avancés en petit groupe. Lorsqu’un
professeur utilise une TIC, elle se limite souvent à l’utilisation de
PowerPoint.
Avant de suivre le cours EPU973 (et autres cours du
MPES), j’avais eu deux types d’expérience avec des plateformes d’enseignement à
distance en science politique. J’ai eu la chance d’avoir des expériences des
deux côtés de la médaille : la première comme assistante au professeur, et
la deuxième comme étudiante. Dans le premier cas, le professeur avait
enregistré en vidéo les cours qu’il donnait en présentiel sur le même sujet. Les
étudiants étaient ensuite invités à participer à des discussions asynchrones dans
un forum sur leurs lectures en répondant à des questions spécifiques qui les
amenaient à résumer ce qu’ils avaient appris, sans toutefois favoriser les
échanges entre eux. Les évaluations étaient constituées d’examens en ligne
composés de questions à réponses courtes, et d’un papier. Les assistants
avaient pour rôle de faire la modération des discussions et les corrections des
travaux. Les interactions entre les enseignants et les étudiants étaient donc limités.
Bref, le cours en ligne reprenait presque complètement les pratiques
habituelles des cours magistraux en présentiels d’introduction en science
politique du département en les transférant en un format en ligne. Je dis
presque, car les étudiants devaient être plus impliqués dans les discussions qu’ils
ne le seraient été en classe à l’université. Par contre, je me souviens que
plusieurs étudiants avaient laissé tomber ce cours, bien qu’il restait environ
une centaine d’étudiants d’inscrits à la fin de celui-ci.
Ma deuxième expérience avec les TIC a été lors de mon
doctorat. Les TIC étaient utilisées davantage comme un outil supplémentaire pour
enrichir les cours. La plateforme utilisée était Blackboard.
Les professeurs les utilisaient pour s’assurer que les étudiants avaient fait
leurs lectures avant d’arriver dans le séminaire, en demandant, soit des
résumés de lectures, soit des questions sur les lectures, ou les deux, dans un
forum de discussion. Aucune interaction entres les participants n’était requise :
elle aurait lieu pendant le séminaire en présentiel.
Ces expériences reflètent bien ce que Murphy et Reidy
(2006) avancent en argumentant que la science politique, comme discipline
académique ne résultant pas à une vocation spécifique sur le marché du travail pour
les diplômés, vise à encourager davantage l’apprentissage de connaissances, que
le développement de compétences spécifiques à un emploi. Selon eux, c’est cela
qui expliquerait en partie la raison pour laquelle la discipline est restée
axée sur un style d’enseignement traditionnel, l’objectif étant que les étudiants
développent une méthode de compréhension et d’analyse sur le matériel de la
discipline. Notez aussi que dans cette méthode, l’enseignant reste le moyen au centre
de la transmission des connaissances et
que les étudiants sont passifs.
Un
des désavantages de la méthode traditionnelle utilisée est que ce style
d’enseignement favorise l’individu plutôt que d’encourager les apprentissages
communs ou le travail en équipe. Plusieurs auteurs ont déjà démontré que les
pairs et les échanges entre les apprenants offrent une valeur ajoutée et influence
indubitablement la profondeur de l’apprentissage acquis dans un cours (Prégent
& al. 2009; Svinicki et McKeachie
2011). Comme la méthode
traditionnelle n’est pas non plus adaptée à tous les profils d’apprenants, il
est d’autant plus important de diversifier les méthodes utilisées afin de s’assurer
de la qualité des apprentissages que nous voulons que les étudiants fassent dans
le cadre d’un cours.
L’utilisation
des TIC que j’ai connue a été assez limitée et surtout, n’offrait pas les
avantages attendus dans des cours complètement à distance, sauf pour ce qui est
de la flexibilité de l’horaire et de la géolocalisation des étudiants. Les
relations entre les enseignants et les étudiants étaient presque inexistantes
et les échanges entre étudiants minimaux. Ces facteurs ont sans doute influencé
la motivation des étudiants, comme le suggère Dumont (2007), ce qui pourrait
expliquer pourquoi nous avons eu beaucoup d’étudiants qui avaient décroché ou
ne participaient pas activement. Qui plus est, l’enseignement à distance en
ligne doit aller au-delà de la simple utilisation d’outils, pour vraiment les
intégrer dans un contexte pédagogique (Dumont 2007 :73-74).
L’utilisation
des TIC en enseignement peut offrir plusieurs avantages. Comme le démontrent
Dell & al. (2010) dans leur étude,
les cours où les TIC étaient utilisées, soit dans des cours entièrement en ligne
ou soit en format hybride, affectaient
davantage les apprentissages des étudiants en les rendant plus ‘profonds’ qu’en
cours présentiels. Mais tout n’est pas que question de TIC, mais surtout de la
façon dont les technologies sont utilisées en cohérence avec la pédagogie du
cours, quitte à devoir reconceptualiser ses pratiques (Henri 2001).
2.
Enseignement
dans le cours « L’Administration publique comparée » : l’étudiant
davantage au centre, l’enseignant comme soutien à l’apprentissage
Dévier
de l’accent mis sur l’acquisition de connaissances dans les programmes de
science politique semble utopique, mais l’intégration de méthodes actives pour
faciliter l’acquisition de ces connaissances extrêmement encourageante! Il aurait
été difficile d’évaluer les changements amenés dans le cadre de mon cours sans
la mise en contexte dans la première partie des expériences personnelles que j’ai
vécues. Dans le cadre du cours Administration
publique comparée, j’ai misé sur plusieurs changements en intégrant des
pédagogies actives. La théorie et la
lecture de documents jouent encore un rôle central dans le développement des connaissances,
mais j’ai voulu mettre l’étudiant davantage au centre en concevant des
activités qui favoriseraient l’apprentissage des étudiants, et je l’espère,
maintiendra leur motivation tout au long du cours. (L’ensemble des activités et technologies
utilisées pour le cours seront disponibles dans mon prochain billet.)
Maintenir
la motivation des étudiants est un enjeu central pour les cours qui sont donnés
complètement en ligne comme le mien. Comme j’ai déjà vécu une expérience de
décrochage d’étudiants, il me tient à cœur de créer les meilleures conditions possibles
pour les étudiants afin d’éviter cela. On pourrait croire que la motivation des
étudiants leurs appartient et que nous n’avons pas d’influence sur celle-ci.
Or, il en est tout autrement, surtout dans un contexte d’éducation à distance
(Dumont 2007). Les besoins psychoaffectifs des étudiants sont souvent laissés
pour compte dans les cours à distance, alors que l’ « humanisation »
des interactions pairs/pairs et enseignant/pairs semblent jouer un rôle
essentiel pour diminuer le décrochage et maintenir la motivation des étudiants
dans le cours (Dumont 2007 :62).
Ainsi,
même si les activités pédagogiques placent l’étudiant au centre de son
apprentissage, dans un contexte de cours à distance, le professeur tien un rôle
primordial. « C’est (…) le comportement de l’enseignant-formateur FOAD qui favorise ou non le
sentiment d’appartenance à un groupe, encourage la persévérance et apporte un
soutien motivationnel. » (Dumont 2007 :68) Afin de bien jouer mon
rôle, il sera essentiel d’être attentive aux besoins des étudiants, être
disponible, impliquée dans le cours, et intervenir aux bons moments. Ainsi, je conçois mon rôle comme un soutien dans l'apprentissage des étudiants en encourageant leur participation dans les différentes activités, en favorisant les échanges entres eux, en animant les rencontres virtuelles, et minimalement les discussions, tout en m'assurant que les informations et directives soient claires.
Bibliographie
Dell, Cindy
Ann, Christy Low et Jeanine F. Wilker (2010). “Comparing Student Achievmeent in
Online and Face-to-Face Class Formats”, MERLOT
Journal of Online Learning and Teaching, 6 (1).
Dumont, Chantal (2007). Les
relations enseignant-enseignés : les aspects psychoaffectifs. Dans Manderscheid
J.-C. et Jeunesse C. (dir.) L’enseignement en ligne : À
l’université et dans les formations professionnelles. Pourquoi ? Comment ? Bruxelles : De
Boeck, p. 58-90.
Henri, France (2001). Des cours sur
le web à l’université. In T. Karsenti (Ed.), Les TIC… au cœur des
pédagogies universitaires, Sainte-Foy, Presses de l’Université du
Québec, p. 117-143.
Murphy, Mary C.
et Theresa Reidy (2006). “Exploring
Political Science’s Signature Pedagogy”, Academic Exchange Quarterly, 10 (4). Adresse URL: http://rapidintellect.com/AEQweb/7mar3562z6.htm
Prégent,
R., Bernard, H. et Kozanitis, A. (2009). Enseigner à l'université dans une
approche-programme. Montréal: Presses internationales Polytechnique.
Svinicki,
M. et McKeachie, W. J. (2011). McKeachie’s Teaching Tips: Strategies,
Research, and Theory for College and University Teachers (13th Edition). Boston:
Houghton Mifflin.
Bonjour Émilie,
RépondreSupprimerTa réflexion est très intéressante! J’ai particulièrement aimé le passage où tu décris tes expériences par rapport à la formation à distance en sciences politiques. J’ai noté plusieurs ressemblances avec ce qui se fait en histoire. Les rares cours offerts à distance sont souvent conçus avec une approche plus traditionnelle : soit des enregistrements de cours magistraux ou seulement des listes de lectures avec peu, voir pas du tout, d’échanges dans les forums. J’ai l’impression que cette façon de faire est assez répandue dans les sciences humaines. D’ailleurs, il y a très peu de cours en sciences humaines offerts à la formation à distance au Québec. Toi qui as aussi connu les systèmes d’éducation américain et français, as-tu remarqué s’il y avait une plus grande offre de cours à distance en sciences humaines dans ces systèmes d’éducation? D’autre part, sais-tu si les enseignants en sciences humaines dans ces systèmes ont eux aussi tendance à chercher à reproduire des méthodes d’enseignement traditionnelles dans leurs cours en ligne?
Cordialement,
Mathieu